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« La rentabilité est une liberté »

Le parcours de Sébastien Couix avec Visamundi, d'ADN Booster à la Scale-Up Excellence
16 septembre 2026 par
ADN Ouest, Marina MENDOZA

Pouvez-vous vous présenter et présenter la startup ?

Je suis Sébastien Couix, entrepreneur nantais. Après un parcours dans le marketing digital (d’abord comme directeur digital d'un média spécialisé dans le voyage d'affaires, puis à la tête de ma propre agence eMarketing), j'ai fondé Visamundi en 2017, à Nantes. Le constat de départ était simple : une erreur minime sur un document de voyage, une orthographe incorrecte sur un visa, et c'est tout un voyage qui tombe à l'eau.

Visamundi digitalise et sécurise les formalités d'entrée : e-visas, autorisations de voyage électroniques (ETA), cartes d'arrivée, traduction certifiée de documents. Tout le monde a optimisé la réservation du voyage ; presque personne n'a industrialisé ce qui se passe ensuite, jusqu'au passage de la frontière.

C'est cette zone grise, à la croisée de la govtech et du travel, que nous occupons. Aujourd'hui, nous traitons plus de 30 000 dossiers par an sur plus de 70 destinations, avec une équipe d'une dizaine de personnes à Nantes et un volume d'affaires d'environ 4 millions d'euros. Notre modèle est hybride : du B2C grand public et une offre B2B pour les agences, tour-opérateurs et acteurs du voyage d'affaires. Et derrière chaque dossier : de la technique pour pré-remplir et fiabiliser, des humains pour vérifier chaque document.

En quelle année avez-vous participé au programme d'accélération ? Dans quel contexte avez-vous rejoint le Booster ?

Nous avons intégré la promotion de printemps 2020, un timing qu'on n'oublie pas ! Nous avons rejoint le programme au moment précis où le Covid mettait le voyage mondial à l'arrêt. Le contexte était double : d'un côté, une entreprise qui démarrait très fort, en hypercroissance, avec tous les défis de structuration d'une TPE qui grandit vite ; de l'autre, du jour au lendemain, un marché gelé. Avoir une entreprise qui démarre fort est une chose, mais il est impensable d'avancer seul et sans repère. Il nous fallait ce lien avec d'autres entrepreneurs et l'expérience d'experts pour anticiper tous les aspects de cette croissance et, finalement, pour traverser la crise. Le Booster est arrivé exactement au bon moment.

Pourquoi avoir choisi ADN Booster ?

Trois raisons. D'abord l'ancrage territorial : Visamundi est née à Nantes et je crois profondément à l'écosystème numérique du Grand Ouest ; ADN Booster, c'est l'accélérateur d'ADN Ouest, donc l'accès à un réseau de référence dans le bassin régional : dirigeants, DSI, prestataires, écoles.

Ensuite, le modèle : un accompagnement sans prise de participation au capital, ce qui collait parfaitement à notre philosophie d'entreprise autofinancée.

Enfin, le pragmatisme du programme : un accompagnement par des experts de terrain et des pairs qui vivent les mêmes problématiques, centré sur les leviers de croissance concrets plutôt que sur les levées de fonds. Nous étions par ailleurs accompagnés par le Welcome City Lab à Paris sur la verticale tourisme ; ADN Booster apportait le complément parfait : la structuration et le réseau régional.

Avec quoi êtes-vous reparti de l'accompagnement ?

D'abord, de la structure. Le programme nous a permis de nous structurer intelligemment : organisation interne, pilotage, priorités commerciales. Passer d'une petite équipe qui court derrière la croissance à une entreprise qui la maîtrise. Ensuite, du recul de dirigeant : les petits-déjeuners inter-promotions et les échanges avec les autres startups m'ont confronté à d'autres façons de faire, ce qui est précieux quand on est un fondateur autodidacte et qu'on avance la tête dans le guidon. Enfin (et c'est peut-être le plus durable) un réseau. Six ans plus tard, je continue de croiser et de travailler avec des personnes rencontrées via ADN Ouest. C'est un actif qui ne se déprécie pas.

Pouvez-vous citer deux évolutions majeures de votre startup depuis la fin du programme ?

Première évolution majeure : le virage B2B et l'API-fication (voire MCP-ification) de notre métier. Nous avons construit une offre dédiée aux professionnels du voyage (agences, tour-opérateurs, voyage d'affaires, et même les avocats en immigration) avec une API qui couvre plus de 70 destinations et s'intègre directement dans leurs parcours de vente. Ce segment connaît une forte accélération depuis la rentrée 2025 : les formalités deviennent un avantage concurrentiel et une source de diversification pour toute la filière.

Deuxième évolution : l'industrialisation par l'intelligence artificielle, avec une ligne de conduite assumée sur la souveraineté des données. Lecture automatisée des pièces justificatives, fiabilisation des données, anticipation des cas de refus, le tout sur des modèles auto-hébergés, parce que nous manipulons des passeports et des identités, parmi les données les plus sensibles qui soient.

Quels sont les moments clés qui font que vous en êtes là aujourd'hui ?

Avoir survécu au Covid alors que notre marché était à zéro, c'est le socle de tout le reste. Puis la 3e place au concours startup de l'IFTM Top Resa en 2021, l'intégration de la première promotion française du programme 10 000 Small Businesses de Goldman Sachs et l'ESSEC et, tout récemment, notre sélection au programme Scale-Up Excellence 2026 de la French Tech, l’antichambre du French Tech 120. Une signature travel rare dans cet écosystème, et une fierté pour une boîte nantaise autofinancée.

Quelles sont les priorités pour demain ?

Nous avons trois priorités :
Un : continuer à accélérer sur le B2B et l'API, pour faire de Visamundi l'infrastructure de référence des formalités de voyage pour les professionnels.
Deux : l'international (nous réalisons déjà 25 % de notre chiffre d'affaires hors d’Europe) et nous réfléchissons toujours à une implantation sur d’autres continents.
Trois : rester en tête sur la vague réglementaire qui arrive, malgré le numérique.
Et en toile de fond, l'ambition French Tech 120 : prouver qu'une entreprise du Grand Ouest, rentable et sans levée de fonds, peut jouer dans cette cour.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à des entrepreneurs ?

Le premier : ne restez pas seuls. On peut démarrer fort tout seul mais on ne grandit pas seul. Rejoignez un collectif pour vous confronter à des pairs, prendre du recul et anticiper les problèmes avant qu'ils n'arrivent.
Le deuxième : la rentabilité est une liberté. Lever des fonds n'est pas un objectif en soi ; un modèle qui gagne de l'argent vous donne le droit de choisir votre rythme et vos combats.
Recrutez sur les soft skills. Les compétences techniques s'apprennent ; l'état d'esprit, beaucoup moins.
Et enfin : cultivez votre curiosité et transmettez. Je mentore aujourd'hui de jeunes entrepreneurs avec le YAO! Bretagne, et je reçois autant que je donne. L'écosystème de l'Ouest est généreux avec ceux qui s'y investissent.